Survivant - Chuck Palahniuk
Par Ju.D le dimanche, 24 février 2008, 14:29 - livres - Lien permanent
À propos de Survivant, Chuck Palahniuk 1999, Gallimard 2001. Titre original : Survivor.
Premier billet de la catégories Livres, avec ce second roman de Chuck Palahniuk, également hauteur de Fight Club. Quelques notes au gré de mes lectures ici, des films que je vois, des sons que j'entends. Les catégories "films" et "albums" ou "musique" viendront donc ensuite. Aucune visée critique, peut-être un peu sémiologue sur les bords, mais on ne se refait pas. Et puis ce n'est pas la visée première - celle-ci est bien plutôt poétique - et de mémoire - car j'en vois tellement ! que j'en oublie tant ! Ex : hier, on a revu J'me sens pas belle, alors qu'on l'avait déjà regardé à peine un an auparavant. D'où ce carnet de notes, qui soulagera un peu mes Moleskine. Donc... longue vie à cette catégorie !..
Ayant ainsi pu me délecter de Fight Club au cinéma il y a quelques années de cela (lors de sa sortie en 2001 ? je crois), j'attendais un de mes très chers cousins pour me prêter la version originale de ce livre, Survivor. Ce prêt n'ayant jamais eu lieu - du fait de nos rencontres éparses, au gré de ses voyages intervilles - je me suis fait un petit plaisir au début de l'année : m'acheter en poche, et en français, ce bouquin, de Chuck P.
Et j'ai pu constater, tout d'abord, que le style Palahniuk avait été très bien rendu au cinéma par David Fincher. Concis, cru, mordant, plein de désillusions et d'un désespoir rageur - une sorte de pessimisme heureux, de jouer avec les attentes et les peurs et les joies fondatrices des gens, comme un démiurge avec son œuvre, un gourou avec ses fidèles, un chef indépendantiste avec ses soldats. Ici, c'est le gourou. Mais c'est un gourou fabriqué, produit marketing auquel on promet Hollywood, les talks-shows, édito et show tv quotidien, quand il se trouve être le dernier survivant de sa secte, les Creedish.
C'était déjà un homme esclave d'une autorité idéale - vision de soi-fourmi, travailleur ; et cette vision lui avait été inculquée dès le plus jeune âge - inoculée au sein de sa communauté, alors enfant. Un esclave qui travaillait comme homme à tout faire - nettoyeur pour riches, formateur pour diners en ville - et qui ne conservait comme tout bénéfice de son labeur uniquement le gîte et le couvert. Les sous vont à la secte. Mais un jour, alors que le FBI commence à s'intéresser au contrôle des naissances chez les Creedish, tous se suicident en choeur - c'est le grand Départ, la Délivrance. Et tous les petits soldats de la secte, en service commandé sur tout le territoire des États-Unis, se suicident les uns après les autres. Sauf lui.
Et c'est un rêve éveillé qui se déroule sous ses yeux, qui va l'amener à une célébrité sas égal, puis au crash - annoncé en intro.
Énormément de recettes diverses, comment enlever le sang sous les ongles, entretenir les tapis, masquer les coups de couteau sur les vestes, arnaquer les centres commerciaux, et j'en passe énormément, toutes plus savoureuses les unes que les autres. Un poétique de la liste absurbe, aussi, avec les recueils de prières du nouveau gourou - comme un appartement - catalogue Ikea dans Fight Club, ici tous les problèmes du quotidien sont pris en main par cet esprit tordu, formé aux petites besognes et y touchant la perfection.
Enfin un bon livre, plaisir à la lutte mentale avec la société de consommation et ses fétiches. Et je ne raconterais pas le fond de l'histoire, mais il y a bien une profondeur, douloureuse, dans le récit de ce pauvre fou.

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